Texte de Wladyslaw Znorko Le site du peintre, poète, éditeur réunionnais André Robèr installé à ille-sur-têt Catalogne nord Texte extrait du catalogue " Cela qui manque " exposition artothèque St Denis Réunion Mai 1996

André Robèr

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Textes critiques

Texte de Wladyslaw Znorko

 

 

Texte extrait du catalogue " Cela qui manque " exposition artothèque St Denis Réunion Mai 1996

ROBèR PEINTRE EN EX-V0T0 AVEC ACCENT GRAVE

ROBèR ne sait pas peindre, c’est lui-même qui le dit.

Pourtant, lorsqu’on a la chance d’entrer dans son atelier, c’est une fanfare, je dis bien une fanfare, qui nous attend, toute émue soudain de la caresse d’un regard qui s’attarde.

Sur toile, sur carton ou même sur bois de récupération, à travers une volontaire myopie qui ôte à ses personnages le contour anecdotique. ROBèR couche un équipage réellement dérouté de se trouver saisi en pleine danse des spectres.

Il ne sait jamais ce qu’il va peindre, il laisse parler les fantômes qui l’habitent et qui se dévoilent dans une chiffonnade de papier, un peu a la manière des sylphes nichant dans les nuages.

Tous ne sont pas recommandables. Ils gîtent "Derrière les volets" (technique mixte) ou dans un peu probable "Espace 06925 " (technique mixte) dans lequel un homme s’enfuit poursuivi par ses propres démons qui ont pris la forme des masques de la commedia del' arte avec une bouche béante qui permet la parole, le chant ou le cri. Dans toute cette période influencée par la sorcellerie les oeuvres ont d’ailleurs la tension du cri et dans une technique mixte du même nom l’artiste rend un hommage non dissimulé à Edvard Munch, le précurseur de l’expressionnisme.

J’ai rencontré ROBèR la première fois dans une guinguette qui surplombe le chantier naval du port de Marseille. il a décliné un menu prometteur au profit d’une omelette "nature sans rien du tout" et nous avons bien ri d’un roquet calamiteux qui cherchait des noises à deux petits chats qui le narguaient.

La journée était belle, l’humeur légère mais dans l’apparente désinvolture des oeuvres que j’allais découvrir j’ai senti une menace, un avis de gros temps qui sonnait comme un appel à la vigilance.

Et ce prophète rouge qui me regarde lourd de présage ("Sans titre", huile sur carton) qui semble m’avertir du prix de chaque chose et en tout premier lieu de la poésie.

On songe au bois gravés d’Emil Nolde, aux ex-voto bretons qui font face à l’océan.

Pourtant, qu’on se rassure, la poésie est là, comme un calfat au fond d’une coque pour prévenir le naufrage du monde et à travers elle l’artiste nous incite à prendre la parole.

Avec la candeur d’un Gaston Chaissac, il nous encourage au bas d’une toile par un

KOZ MOUNWAR,

ce qui signifie en créole: "Vas-y. parle mon vieux".

Du créole, ROBèR n’a gardé l’accent que lorsqu’il est en rogne, et il vaut mieux dans ce cas là se tenir à carreaux.

- "Je peins des poissons quand j'en ai marre de peindre des hommes!" prévient-il.

Remarquez bien:

ROBèR a l’accent grave du mot colère mais aussi l’accent grave du mot ève,

silhouette d’innocence.

Texte extrait du catalogue " cela qui manque " exposition artothèque St Denis Réunion Mai 1996

Wladyslaw Znorko Jan 96.

 

 


 

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