Texte Michèle Guerin sur la peinturer d'André Robèr Extrait du catalogue : André Robèr peintures, dessins 2000 2011 (2011)

André Robèr

Site www.a-rober.com

Blog http://andrerober.blogspot.com/

Texte critique


• André Robèr Peintures, dessins 2000-2011
Isbn 2-91079-89-9

 

 

Michèle Guerin
Texte catalogue André Robèr peintures, dessins 2000 2010

 

Accompagnée par Claude Massé, j'ai rencontré André Robèr dans son atelier à Ille-sur-Têt. J'avais lu de nombreux textes le concernant. Tout à été écrit sur lui ou presque tout, puisqu'il est encore jeune. L'émotion est venue de sa peinture. Je suis sortie bouleversée.

« L'engagement particulier de l'artiste, c'est de descendre aux entrailles des choses » (Roger Vaillant). L'art d' André Robèr plonge le spectateur dans ses propres tripes. André Robèr a son passé, sa propre histoire et pourtant ses œuvres peintes nous ramènent à de lointains souvenirs faits de violence, de souffrance. Les meurtrissures de l'enfance apparaissent, les blessures de la vie adulte, les humiliations, les injustices aussi.

L'œuvre violente d' André Robèr naît d'une écriture graphique : « Le dessin est le graphe d'une idée » (Platon). Le trait jaillit d'un mouvement du corps. Le geste exprime les représentations de la pensée et, en ce sens, l'art d' André Robèr rejoint celui de Rothko. Peinture et écriture sont intimement liées. Les œuvres parlent, l'histoire est écrite. Les personnages nous regardent. Impossible d'échapper à leurs interrogations, à leurs cris. Les bouches sont ouvertes, le silence assourdissant.

Des têtes, des silhouettes diffuses sortent du néant, viennent à nous, frappent à la porte de notre conscience : Où es-tu ? Qu'as-tu fait de nous ? Le tracé sobre émerge de la toile. Les corps - hommes, femmes, l'apparence se devine toujours sexuée - statiques, tragiques, figés, nous abordent en nous interpellant.

André Robèr rétablit le lien entre les vivants et les morts. Est-il inspiré par ses songes ? Sensible aux signes laissés par les disparus ? Ses œuvres semblent être le témoin d'un souvenir enfoui ou la résurgence d'une violence subie, jamais révélée. Les ombres, l'empreinte des corps s'arrachent à l'oubli. L'artiste dénonce, devient le porte-parole de ceux qui ne peuvent ou n'ont pu s'exprimer, de ceux qui sont morts sans pouvoir dire, pas même crier.

Le lien est ténu. André Robèr évolue sur un fil, celui qui relie les âmes, toutes les âmes. La frontière est perméable entre les vivants et les morts. Nous sommes tous unis, définitivement. C'est ainsi que chaque œuvre invente un espace médiumnique qui conduit à la méditation, à la recherche de son propre moi.

Sous ce trait, cette violence apparente, cette noirceur, sourd cependant une tendresse, celle de André Robèr qui n'a pas fini de régler ses comptes avec l'Histoire, son histoire, mais avance avec détermination vers sa liberté, sans rien renier jamais.
Michèle Guérin


 

André Robèr Atelier : 13 Carrer Santa Creu 66130 Ille-sur-Têt andre.rober(at)free.fr Blog http://andrerober.blogspot.com/