Texte de critique d'art italien Camillo Capolongo à propos du travail d'André Robèr "Les marrons" et de son exposition à Naples en 2000 Le site du peintre, poète, éditeur réunionnais André Robèr installé à ille-sur-têt Catalogne nord

André Robèr

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Textes critiques

Texte de critique d'art italien Camillo capolongo à propos du travail d'André Robèr "Les marrons" et de son exposition à Naples en 2000

 

La main de Rober ?

La main de Rober est main laborieuse.

Cette image est proportionnée à l'effort, à la hardiesse incorrigible qui nous est montrée. La verve. La fatigue. La superficie amassée. Le travail est aéré, toute la force est à l'extérieur. Prise à partie. Elle s'élance dans les yeux du contemplateur.

La main de Rober ?

Elle est là, en alerte, prompte à l'action.

Car c'est entre la main et la superficie que se déroule l'alarme. Elle excite le désir de cogner sur le parti pris des trajectoires ; l'impolitesse de faire fort, comme nous le disions, de faire avec « tact », dans un tourbillon, les poings bien fermés, sans se dérober, en première ligne, le bout des doigts enflammés par le frottement de la friction : une guerre entre la main et la naissante rugosité qui s'ensuit.

Et l'art ?

je prétends que l'art est une phénoménologie des « gestes » et que la main de Rober le prouve. Jamais comme ici le réel et les mots n'ont été aussi connivents, participant ensemble à foudroyer la vérité, la radiographie.

La toile est emblématique et hors de toute contrainte.

La matière parle d'elle-même.

Elle nous dispense de toute obligation d'exégèse. Cette scorie antipathique qui charge la matière d'emphases et de prolapsus, qui la détruit à force de métaphores, de tropes et de tropes.

La main trame et la matière se coagule.

Comme un heureux va et vient accompagne sans cesse celui qui retrace la mémoire ; j'y vois l'immémorial bagage du savoir, la tradition...

Comme l'évocation de majestueux anciens, d'immenses silhouettes, de traînées de couleur...

Ne croyez pas à une bizzarerie, mais les incrustations, le magma fondu, le strate poreux, la couverture que Rober étend sur ses toiles déchaîne des réminiscences, des réverbères agiographiques.

La main de Rober a créé une figuration volcanique.

Elle a produit des laves de basalte, éructées...

La terre, la terre...

La terre est sa maîtresse.

La peinture sent la terre, elle sent le moine en froc. L'abordage de terre.

Café « fort », concentré de marque noire.

Venues de quelles profondes crevasses d'obscurs bols... des barbes à papa cultes à force d'éructations, version monochrome, on ne peut s'en sortir : et l'asphalte brun noir cimentifie complètement le strate, souille et fait bloc sur la matière enfumée, craie de Pompéi, moulage assombri.

Entre la main et la superficie travaillée ce n'est qu'une danse de mèches, de fureurs, d'éclats d'ébauches, coups de feu, mêlées, engorgements, reliquaires ; des linceuls s'étendent, suaires recuits...

L'art n'est pas l'art de la translation. L'imposante merveille se consume, l'état de grâce de Rober qui réussit à être lui-même sans être chargé de figures de rhétorique.

Rober s'est outillé pour un long temps afin de décharner l'état de peinture, pour libérer de toute intromission la matière vive.

Il a fait irruption et avec sa main, s'est engagé à dire sans déviances.

L'espace de la toile était là et lui, dans un corps à corps, il a fait des incursions. Ce n'était pas autre chose qu'un problème de choc physique, sans auréoles d'enchantements inopportuns : sa main a boxé pour lui, méchant petit boucher.

 

Camillo Capolongo- 2000.

 



 

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